L’IA est là. Mais qui l’a laissée entrer ?
L'adoption de l'IA en Flandre a doublé. Ce que les chiffres révèlent vraiment.AI adoption in Flanders doubled. What the numbers really tell us.
Trois mesures, trois instantanés. Le dernier baromètre de l’IA, qui dresse l’état des lieux de 2025 et a été publié début 2026, marque un tournant, mais montre aussi où les entreprises se heurtent à des obstacles, et pourquoi les douze prochains mois seront décisifs.
Ce qui semblait encore marginal en 2022 est aujourd’hui généralisé : près de six entreprises flamandes sur dix utilisent au moins une technologie d’IA. Un quasi-doublement en deux ans. Le chiffre est séduisant, et il est exact
Mais derrière ce pourcentage se cache une réalité plus complexe. Non pas sur le nombre d’entreprises qui utilisent l’IA, mais sur la manière dont elle s’est introduite, et sur la viabilité de cette trajectoire. C’est cette histoire qui déterminera si votre organisation fera de l’IA un levier dans les années à venir, ou si elle ratera le coche.
L'évolution en trois chiffres
Depuis 2022, le Département flamand WEWIS réalise le baromètre de l’IA, une vaste enquête auprès des entreprises flamandes (échantillon 2025 : 2 915 réponses exploitables sur 9 610 entreprises interrogées). La tendance est frappante :
- 2022: 26% des entreprises flamandes utilisent au moins une technologie d’IA.
- 2023: 32% — une légère hausse.
- 2025: 58.8% — un quasi-doublement en deux ans.
Le moteur de ce bond, c’est l’IA générative. L’analyse de texte est passée de 14% à 41%. La génération de langage et de code est passée de 8% à 38%. La génération d’images, de vidéos et d’audio (une nouvelle catégorie en 2025) atteint d’emblée 33%. Près de la moitié des entreprises flamandes (48%) utilisent aujourd’hui l’IA générative.
L’accessibilité d’outils comme ChatGPT, Claude et Gemini est clairement l’accélérateur. Mais accessible ne signifie pas stratégique. Utiliser l’IA ne signifie pas encore qu’elle crée de la valeur.
Ce que les chiffres dissimulent
Le taux d’adoption dit quelque chose, mais pas tout. Le baromètre 2025 met au jour trois vérités dérangeantes.
1. Ce sont les collaborateurs qui prennent l’initiative, pas la direction Dans la moitié des entreprises (49%), l’usage de l’IA émane surtout des collaborateurs individuels. Seuls 28% sont activement pilotés par la direction. Autrement dit, l’IA résulte rarement d’un choix stratégique. Elle s’est introduite par le bas, outil après outil, tâche après tâche.
2. Une sur cinq relève du « shadow AI ». 20% des entreprises adoptantes utilisent l’IA à l’insu ou sans l’accord de l’IT ou de la direction. Cela s’accompagne de risques réels : des données sensibles qui quittent l’environnement contrôlé, des failles de sécurité, d’éventuelles infractions au RGPD et une exposition au règlement européen sur l’IA (AI Act), désormais en vigueur, mais connu à peine de 43% des entreprises adoptantes.
3. Seuls 17% ont véritablement déployé l’IA à grande échelle. Près de la moitié des entreprises adoptantes en sont encore au stade de l’expérimentation. Un tiers a intégré l’IA dans quelques processus. Mais seuls 17% l’ont déployée sur un éventail plus large de domaines au sein de l’organisation.
Le schéma sous-jacent est toujours le même. L’IA n’a pas été décidée, elle s’est introduite. Et le principal obstacle que les entreprises rapportent elles-mêmes le confirme : ce n’est ni le budget ni la technologie, mais un manque de connaissances, de compétences et d’expérience (72,5%), suivi de la difficulté à déterminer où l’IA est réellement pertinente (63,7%). Le frein à une IA responsable n’est pas la mauvaise volonté. C’est l’incertitude.
La bonne nouvelle, pour ceux qui vont au-delà de l'expérimentation
Pour les entreprises qui franchissent le pas vers l’intégration et la mise à l’échelle, l’impact est tangible. Deux tiers des entreprises adoptantes (65%) ont constaté un impact concret sur leur activité au cours de l’année écoulée :
- 53% ont amélioré la qualité de leurs processus d’entreprise (+15 points de pourcentage par rapport à 2023).
- 40% sont parvenues à réduire leurs coûts (+13 pp).
- 31% ont lancé des produits ou services nouveaux ou sensiblement améliorés (+3 pp).
De plus, plus de la moitié des entreprises adoptantes (52%) font état d’une productivité accrue chez les collaborateurs hautement qualifiés. Qui transforme l’expérimentation en mise en œuvre, récolte.
Dans la pratique, il règne beaucoup d’appréhension et une attitude attentiste lorsqu’il s’agit de vraiment passer à l’action et d’aller au-delà du simple prompt pour réécrire un e-mail.
— Geert Vromman
Entre « nous utilisons l’IA » et « l’IA crée de la valeur structurelle » s’ouvre donc aujourd’hui un fossé. Et ce fossé détermine qui accélérera avec l’IA dans les années à venir et qui prendra du retard.
La gouvernance n'est pas un frein. C'est la condition pour aller plus vite.
C’est ici que les deux récits se rejoignent. Mettre à l’échelle sans pilotage accroît les risques. Piloter sans mettre à l’échelle ne crée aucune valeur. Les organisations qui accéléreront dans les années à venir ne sont pas celles qui expérimentent le plus, mais celles qui font croître l’expérimentation et la gouvernance de concert.
La gouvernance est souvent perçue comme un frein à l’innovation. Dans la pratique, c’est l’inverse. Des règles claires lèvent l’incertitude. Lorsque les collaborateurs savent quels outils sont approuvés, quelles tâches sont appropriées et où se situent les limites, ils peuvent travailler plus vite sans exposer inutilement l’organisation.
C’est précisément pourquoi l’IA est aujourd’hui avant tout une question de gouvernance, et seulement ensuite une question de technologie. La technologie est là. Elle est accessible, puissante et bon marché. Ce qui manque, c’est la structure autour : la clarté sur les rôles, la visibilité sur les endroits où l’IA influence les processus et les décisions, et un cadre commun qui transforme des outils épars en une capacité maîtrisée.
Savez-vous où en est réellement votre organisation ?
La question des douze prochains mois n’est plus de savoir si vous utilisez l’IA. Votre organisation le fait presque certainement déjà, peut-être plus que vous ne le pensez, et à des endroits que vous n’avez pas encore en vue. La question est de savoir si cet usage est ancré stratégiquement, encadré en toute sécurité et orienté vers la valeur.
Avec le CROPLAND AI Maturity Scan, nous apportons de la structure à cette complexité. Nous analysons où en est votre organisation sur les quatre dimensions de notre cadre : Discover, Align, Design et Deliver, y compris la visibilité sur le shadow AI, les risques liés aux données et votre position au regard de l’AI Act. Pas un instantané isolé, mais une boussole pour votre prochaine phase.
La technologie est entrée. La question est de savoir si c’est vous qui décidez de la suite, ou si d’autres le décident à votre place.
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Source: Standaert, T., Lecocq, C., Andries, P. & Evens, T. (2026). AI Barometer: Adoption and use of Artificial Intelligence in Flemish companies — situation 2025. Department of Work, Economy, Science, Innovation and Social Economy (WEWIS) / ECOOM, Flemish Government. Earlier measurements: situation 2022 (publ. March 2023) and situation 2023 (publ. April 2024).